Aventure magique à Loralduin extrait 3

Où la Princesse Stella et David se retrouvent chez Baba Yaga

 « Je te disais que je n'ai pas le pouvoir de te faire venir, David. La magie du Royaume réagit parfois en dehors de tout contrôle. Comme les hommes naviguent sur les flots mais ne contrôlent pas les marées, les mages utilisent la magie mais n'ont pas de contrôle sur elle, et c'est une bonne chose.
- Alors je vais rester coincé ici pendant encore longtemps... se désespère le jeune garçon en lâchant sa cuillère.
- Ça dépend de toi, rétorque la vieille femme. Ou plutôt de vous deux, » corrige-t-elle en englobant dans un même geste la Princesse et lui. « Et, d'après ce que j'ai pu voir, ça n'est pas très bien parti.
- Enfin, Baba Yaga ! Ce trouillard ne sera jamais un héros ! proteste Stella. Autant demander aux lapins d'aller forger des armures. Ils se sentiront plus concernés que lui, en tout cas.
- Bonne idée ! rebondit David. S'ils acceptent d'avoir Princesse Méchante comme général, ajoute-t-il perfidement.
- En voilà assez ! » s'exclame Baba Yaga en frappant le sol de son bâton, si étrangement semblable à celui de Thranhar.
Son visage furieux fige net les trois enfants. Le regard de la Sorcière se pose alternativement à plusieurs reprises sur Stella et sur David qui n'osent plus dire un mot, conscients que leurs chamailleries ont agacé quelqu'un dont la bienveillance n'est pas la qualité première. La Princesse a déjà fait les frais une fois du manque de patience de Baba Yaga et ne tient pas plus que cela à renouveler l'expérience.
« Bien, bien, bien, constate-t-elle tandis qu'un sourire malicieux se dessine sur son visage. Je vois qu'il faut tout vous expliquer, alors voilà. Princesse Stella, vous êtes le héros de sang royal que la magie a choisi dans le Royaume, un peu par défaut, je dois dire...
- Sûr qu'avec Élian comme héros... commence la fillette, pour se taire aussitôt sous le regard de la Sorcière.
- Malheureusement, il fallait que le héros de l'autre monde soit votre égal, et c'est pour ça que toi, David Poquet, tu as été choisi.
- Lui ? Mon égal ? C'est une plaisanterie !
- Pour une fois, je suis d'accord, renchérit David. Je n'ai rien à voir avec cette petite peste prétentieuse. »
Excédée, Baba Yaga esquisse un petit cercle dans les airs avec son bâton. Aussitôt, les deux enfants sont bâillonnés par un bandeau de tissu et figés sur leurs chaises par un lien magique.
« Un enfant de dix ans, un autre enfant de dix ans, reprend-elle en les désignant tour à tour de sa main libre. Princesse, si la magie avait choisi un adulte dans l'autre monde, il ne vous aurait pas écouté, toute Princesse que vous êtes. Et toi, mon jeune ami, un adulte d'ici n'aurait eu que faire d'un petit garçon, tu t'en doutes. Du reste, Princesse, je vous avais dit que vous resteriez un arbre jusqu'à l'arrivée de l'autre héros, et c'est ce qu'il s'est produit, car, pour votre gouverne, sachez que je n'ai pas levé le sort, il s'est levé de lui-même, comme prévu, quand il n'a plus été utile. Maintenant, vais-je pouvoir continuer mon explication tranquillement ? »
Les deux enfants prisonniers hochent vigoureusement la tête de haut en bas pour approuver. Leur posture n'a rien de confortable. D'un geste, la Sorcière les libère.
« Vous allez devoir apprendre à agir ensemble, sinon le Royaume est perdu.
- Madame Baba Yaga, j'ai compris ce que vous avez dit, mais je ne suis pas un héros, intervient David en finissant sa soupe. Le portail s'est trompé d'enfant, sans aucun doute.
- Non, mon garçon. Le portail ne peut pas se tromper. C'est quand tu l'as ouvert qu'il a perçu le héros en toi, et la magie a opéré. Si tu n'avais pas été celui qu'il fallait, tu ne serais pas là.
- Il va quand même falloir qu'on m'explique, enchaîne Stella. Nous étions en route pour les Montagnes du Sud, Élian et moi, parce que c'est là que se trouveront réunis les fidèles de mon père. Je ne comprends pas comment un autre enfant peut peser là-dessus... Et je ne dis pas ça contre toi, David, ajoute-t-elle à l'attention du jeune garçon qui la regarde de travers.
- Parce que vous vous imaginez peut-être que toutes les armées du Roi peuvent quelque chose contre la magie de Thranhar ? Pour vaincre un mage, il faut de la magie.
- Pourquoi est-ce que vous ne faites rien, vous ? demande Élian. Je suis sûr que vous avez autant de pouvoir que le méchant Sorcier.
- Je ne prends pas parti dans les guerres. Je fais respecter les règles magiques, c'est tout.
- Pourtant, nous ne changerons rien non plus, objecte la Princesse. Je n'ai que mon arc, et je doute que David possède des capacités particulières, surtout s'il n'y a pas de magie dans son monde.
- Il vous faudra découvrir seuls votre rôle.

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