L'ombre et la lumière T2 extrait 4
Quatrième extrait : où les résistants entament des négociations avec les apiens. Aboutiront-elles ?
Ce retard arrangeait bien l'État-Major de la Résistance. La crainte de se voir privé d'un moyen de se fondre dans la population de Ape reculait un peu. Peut-être auraient-ils gain de cause, finalement, sans avoir à passer par un affrontement armé.
« Quand même, fit le Général Sanchez, je suis étonné qu'ils n'aient pas pris de mesures plus drastiques à l'encontre des humains, ni même de mesures de représailles.
- Je crois qu'ils ont peur, répondit le Général Timosu. Enfin, dans un sens. Prendre des mesures contre les humains ? Ils ne peuvent pas, ils n'ont déjà aucun droit, même quand ils sont libres, il y a un couvre-feu, et leur rayon de déplacement est limité par le peu de moyens de locomotion auxquelles ils ont accès. Les apiens pourraient décider de lever la liberté des humains et remettre tout le monde en esclavage, mais, outre le tollé que cela provoquerait aussi bien chez les humains que chez les apiens militant pour l'abolition de l'esclavage, ils auraient peur que nous employions des moyens plus radicaux en représailles. Quant à Providence, même s'ils pouvaient rapatrier les humains vers leur planète, ils ne le feraient pas. J'ignore pourquoi, mais s'ils ne l'ont pas décidé lorsqu'ils ont choisi d'évacuer les humains libres, ils ne le feront pas maintenant.
- Je suis d'accord avec cette analyse, fit l'Amirale Delenko. Il faut en profiter. Les apiens en ont assez de subir nos attaques, les mouvements populaires nous appuient, même si ce n'est pas par bonté d'âme, c'est le moment de négocier.
- Négocier ! s'écrièrent les autres membres de l'État-Major.
- Il n'y a rien à négocier ! s'exclama le Général Yim. Ils sont en position de faiblesse, c'est au contraire
le moment d'enfoncer le clou !
- Le but de notre action est d'obtenir la liberté pour nos frères de Ape, l'auriez-vous perdu de vue en
chemin ? demanda l'Amirale Delenko sur un ton sévère. Non, il faut négocier, prendre contact avec les autorités apiennes, les autorités civiles, je parle, et négocier avec eux l'abolition de l'esclavage, le retour des humains vers Providence et la levée du blocus. Tout cela peut se faire progressivement, si tout le monde y met du sien.
- Et vous croyez vraiment que les apiens vont acquiescer à ces demandes ? Ils ne voudront jamais lever le blocus de Providence, nous le savons depuis le début, objecta le Général Timosu.
- Et pour cause, renchérit le Général Sanchez, ils craignent une reprise des hostilités.
- Peu importe ! trancha l'Amirale Delenko, balayant ces objections d'un geste de la main. Il ne sera pas dit que nous n'avons pas essayé de négocier la paix. S'ils refusent, la guerre ne sera pas de notre faute. Après tout, on ne peut pas exiger d'un peuple qu'il subisse l'oppression sans rien dire. »
C'est ainsi que le vingt-cinq Trosina1, le Copernic prit la direction de Ape avec à son bord deux hôtes de marque : l'Amirale Berryl Delenko et le Grand Conseiller Janus Keller.
Owen avait lui aussi été réquisitionné pour cette mission. Quand il en connut l'objectif, le jeune homme bondit de joie : négocier la paix, enfin ! Il ne l'espérait plus.
L'opération comportait des risques. L'un d'eux, et non des moindres, était que l'armée apienne pouvait tout aussi bien les rayer de l'espace, négociations ou pas. Une antenne relais, similaire à celle utilisée par Owen pour pirater les bases de données de la station de recherches quelques années plus tôt, fut envoyée vers Ape, son camouflage assurant qu'elle remplirait son office un temps suffisant. Le Copernic changea de position juste après le largage pour se prémunir d'une attaque si les militaires remontaient la trajectoire de l'antenne.
Les réseaux civils étaient toujours aussi peu protégés, et Owen pirata sans difficulté le R.I.H.A. Berryl
Delenko prit la parole en bascom, le jeune hybride près d'elle traduisait son discours par écrit pour le faire défiler en bas des écrans.
« Peuple de Ape. Je suis l'Amirale Berryl Delenko, chef des forces armées de la Résistance. Nous venons aujourd'hui vers vous avec une offre de paix. Ainsi que vous avez pu le constater, malgré les agressions que nous vous avons fait subir ces derniers temps, notre volonté est de préserver la vie. Nous ne voulons que la liberté pour nos frères, dans des conditions respectant la dignité à laquelle n'importe quel être pensant peut prétendre. Nous attendons votre réponse, peuple de Ape. »
Monté en boucle, le message passerait jusqu'à ce que les résistants obtiennent une réponse.
« Ou jusqu'à ce qu'on ait la preuve qu'ils ne veulent pas négocier », marmonna Janus Keller.
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